On dépose une marque sur le site de l’INPI, on reçoit un certificat quelques mois plus tard, et on se croit protégé. Sauf que ce certificat ne garantit pas que la marque est libre de droits. La charge de vérifier les antériorités repose entièrement sur le déposant. C’est le genre de malentendu qui coûte cher, et c’est loin d’être le seul quand on parle de protection des idées auprès de l’INPI.
Guichet unique INPI : ce que la création d’entreprise a changé depuis 2023
Depuis le 1er janvier 2023, toutes les formalités de création, modification ou cessation d’entreprise en France passent obligatoirement par le guichet unique en ligne géré par l’INPI. Micro-entreprise, entreprise individuelle, SAS, SARL : tout le monde est concerné.
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Concrètement, on remplit ses formulaires sur le portail de l’INPI, qui transmet ensuite les données au Registre national des entreprises. L’ancien système avec plusieurs centres de formalités (CCI, Urssaf, greffes) n’existe plus en tant que point d’entrée.
Ce rôle de guichet unique est souvent confondu avec la mission historique de l’INPI, qui est la propriété industrielle. Créer son entreprise via l’INPI et protéger son invention via l’INPI, ce sont deux démarches distinctes, sur la même plateforme. On peut très bien immatriculer sa société sans jamais déposer la moindre marque ou le moindre brevet.
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Dépôt de marque à l’INPI : la vérification des antériorités n’est pas automatique
C’est le piège le plus fréquent. Quand on dépose une marque, l’INPI vérifie que le signe n’est pas contraire à l’ordre public, qu’il n’est pas trompeur et qu’il n’est pas purement descriptif. En revanche, l’INPI ne contrôle pas si une marque identique ou similaire existe déjà.
Le dépôt peut donc être validé alors qu’un concurrent détient une marque antérieure sur les mêmes produits ou services. Si ce concurrent repère le nouveau dépôt, il dispose d’un délai de deux mois après publication pour former une opposition.
Ce que ça implique avant de déposer
Avant toute démarche, on effectue soi-même une recherche d’antériorités. L’INPI propose des bases de données consultables, mais l’interprétation des résultats (similarité phonétique, visuelle, conceptuelle entre deux signes) demande une vraie rigueur. Beaucoup de créateurs d’entreprise sautent cette étape parce qu’ils pensent que la validation du dépôt équivaut à un feu vert. Ce n’est pas le cas.
Les retours varient sur ce point, mais se faire accompagner par un conseil en propriété industrielle pour la recherche d’antériorités reste la recommandation la plus courante quand le logo ou le nom de marque est stratégique pour le business.
Brevet, marque, dessin et modèle : choisir le bon outil de protection
On parle souvent de « protéger une idée », mais en droit de la propriété intellectuelle, une idée en tant que telle ne se protège pas. Ce qui se protège, c’est la forme concrète que prend cette idée. Le choix du bon titre de propriété industrielle dépend de ce qu’on a réellement créé.
- Le brevet protège une invention technique qui apporte une solution nouvelle à un problème technique. Il faut que l’invention soit nouvelle, inventive et susceptible d’application industrielle. On ne brevète pas un concept marketing ou un modèle économique.
- La marque protège un signe distinctif (nom, logo, slogan, forme, son) qui identifie les produits ou services d’une entreprise. Elle se dépose pour des classes précises de produits et services, pas de manière universelle.
- Le dessin ou modèle protège l’apparence d’un produit : ses lignes, contours, couleurs, textures. C’est l’outil adapté quand la valeur du produit repose sur son design, pas sur une fonction technique.
À côté de ces titres de propriété industrielle déposés auprès de l’INPI, le droit d’auteur protège automatiquement les créations originales (textes, photos, code informatique, musiques) sans formalité de dépôt. La confusion entre ces deux régimes alimente beaucoup de malentendus sur ce que l’INPI fait et ne fait pas.

Surveillance et usage après le dépôt : ce que l’INPI n’impose pas mais qui reste obligatoire
Déposer ne suffit pas. Une fois la marque enregistrée, deux obligations pratiques conditionnent la solidité de la protection.
La première, c’est la surveillance. De nouvelles marques sont publiées chaque semaine. Si un tiers dépose un signe similaire au vôtre dans les mêmes classes, vous disposez de deux mois après publication pour former opposition. Passé ce délai, la contestation devient plus lourde et plus coûteuse. L’INPI ne surveille pas à votre place.
La seconde, c’est l’usage effectif. Une marque déposée qui n’est pas exploitée pour les produits et services visés peut être attaquée en déchéance. On ne stocke pas des marques comme des noms de domaine en espérant les revendre.
Mettre en place une veille minimale
Plusieurs services (dont certains proposés par l’INPI) permettent de recevoir des alertes quand une marque similaire est publiée dans vos classes. Pour une entreprise dont le nom ou le logo constitue un actif stratégique, cette veille n’est pas optionnelle. Le coût d’une opposition dans les délais est sans commune mesure avec celui d’une action en contrefaçon lancée trop tard.
Propriété intellectuelle et création d’entreprise : les erreurs de timing
On voit régulièrement des créateurs d’entreprise déposer leur marque après avoir lancé leur activité, leur site web et leurs supports marketing. Le problème : si un tiers détient déjà des droits sur un signe similaire, il faut tout reprendre (logo, packaging, communication, nom de domaine).
L’ordre logique, c’est de lancer la recherche d’antériorités dès que le nom ou le concept est stabilisé, avant d’investir dans l’identité visuelle et le marketing. Le dépôt de marque intervient ensuite, idéalement avant le lancement commercial.
- Recherche d’antériorités sur les bases de l’INPI et les registres internationaux
- Dépôt de marque dans les classes correspondant à l’activité réelle
- Mise en place d’une surveillance des publications de marques
- Vérification du renouvellement (la protection n’est pas illimitée dans le temps)
Pour un brevet, le calendrier est encore plus contraint : toute divulgation publique de l’invention avant le dépôt peut détruire la nouveauté et rendre le brevet invalide. On dépose d’abord, on communique ensuite.
L’INPI reste un outil de dépôt et de formalités, pas un conseil juridique personnalisé. Comprendre ses limites (pas de vérification d’antériorités, pas de surveillance automatique, pas de garantie de liberté d’exploitation) évite les mauvaises surprises qui transforment un lancement d’entreprise en contentieux.

